Billet d'Alain : Des insectes et des hommes

L’homme est inconséquent. Il ne sait pas ce qu’il veut. Il trouve qu’il y a trop de ceci et pas assez de cela. Mais le lendemain il peut tout aussi bien juger qu’il y a trop de cela et pas assez de ceci. Prenez les insectes. C’est un fait objectif, observé par la science : il y a de moins en moins d’insectes. Et moins il y a d’insectes, moins c’est bon pour ce qu’on a, l’avenir de la planète, tout ça. Or voici qu’arrive chez nous un nouvel insecte. Et non seulement il arrive, mais il arrive en masse. Il prospère, se multiplie, pond comme un malade. Logiquement, on devrait se réjouir. On devrait l’applaudir, monter des comités d’accueil, brandir des banderoles de bienvenue. Enfin de nouveaux insectes ! Plein d’insectes ! Merci ! Les oiseaux sont sauvés ! Or pas du tout. On se plaint, on geint, on proteste. On veut l’éradiquer, on veut l’exterminer. Le nom de cet insecte : le moustique-tigre. Ah, je vous vois tout de suite pâlir, je vous entends pousser des hauts cris. Des insectes, d’accord. Mais pas le moustique-tigre, qui nous pique comme un sadique et risque de nous transmettre les pires maladies. Dehors, le moustique-tigre. Qu’il retourne d’où il vient. Comme le frelon asiatique. Ce qu’on veut, ce sont des insectes gentils. On veut des papillons, des coccinelles, des sauterelles, des abeilles. Mais pas des moustiques-tigres. Ainsi est l’homme, qui se demande pourquoi il n’existe pas, tout bonnement, des moustiques-coccinelles.

Commentaires